Extraits de "Tuez le député !"
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De la casse à l'imprimerie
Le lundi matin est l’occasion pour Bécassine MARIE-MICHELLE et Sainte-Luce CAJAZZO de faire le point sur les ventes de journaux du samedi. Dévoués pour le parti, ils vendent tout l’après-midi s’il le faut, mais ils ne retournent pas avec des invendus. A 40 francs le numéro, les vendeurs rapportent quand même une somme suffisante qui permet de payer les fournitures. Loulou, faisant office de comptable, leur accorde une gratification leur permettant d’améliorer l’ordinaire. Il espère pouvoir augmenter les ventes et leur donner bientôt un véritable salaire pour cette journée bien remplie.
En entrant dans le local, les trois bougres sentent une odeur d’encre. Quoi de plus normal pour une imprimerie ? Mais cette fois, elle est vraiment forte. Au lieu de se rendre au bureau de l’administration, pour faire le point comptable, le trio se dirige vers l’Atelier. Et là…
_ Mon Dieu ! Oh, Non ! C’ n’est pas vrai ! s’écrie Bécassine.
_ Jou di malò, sèpan ka modé’w pa latjo !1 crie Sainte-Luce.
_ Du calme ! … Du calme ! dit Loulou en élevant la voix. …On va constater les dégâts et on va appeler le Député. D’accord ?
_ Ui… Oui… Oui, finit par dire Sainte-Luce.
_ C’est bien !… Apparemment, nous avons eu de la visite.
_ Roun dé chyen vini salopté iciya. Malè si yo ! Bondyé okipé di yo !2 blasphème Bécassine.
_ OK, … OK ! On se calme. Voyons les dégâts : la Heidelberg a été drôlement amochée. Ils ont versé de l’encre sur les plateaux et des plombs dans les engrenages. On dirait qu’ils ont aussi démonté des manivelles.
_ Viens par ici, dit Bécassine, ils ont renversé tout le cassetin.
_ Oh là ! Y’aura du boulot ! s’écrie Loulou. Va me chercher Léopold CALES, il doit être à la tasse, fais vite !
_ Où ? Au bar d’à côté ?
_ Oui. Il doit être sur son deuxième café. Tu lui dis de rappliquer illico !
Une fois le Responsable d’impression arrivé, il évalue les dégâts et prend les choses en main :
_ Ecoutez-moi bien. Il y a des gens qui nous veulent du mal. On va leur montrer que nous sommes plus forts. Tout d’abord, on ne dit rien à l’extérieur. Nous sommes quatre ici, rien ne doit s’ébruiter. Nous allons remettre en état la rotative, on va tout nettoyer et on va sortir notre canard samedi comme si de rien n’était. Par contre, il faut laisser nos oreilles traîner pour savoir qui a posé ses guêtres ici. Qui nous en veut et pourquoi ? Silence. C’est juré ?
_ Juré ! répondent-ils ensemble.
_J‘appelle immédiatement le Député.
Le Responsable de l’impression se rend dans le bureau de l’administration pour téléphoner, non sans avoir au préalable disposé des feuilles de papier sur le sol pour ne pas étaler de l’encre partout.
_ Allo ? … Patron ?... C’est Eugène.
_ Quelles bonnes nouvelles pour m’appeler tôt lundi matin ?
_ Tu es bien assis ?... J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer.
_ Au point où j’en suis, je suis prêt à tout entendre. Vas-y !
_ On a eu de la visite à l’imprimerie, ce week-end.
_ C'est-à-dire ?
_ Des p’tits salopards ont mis à sac l’imprimerie. Ils ont déversé de l’encre partout. Tous les caractères du meuble de typographie ont été mélangés, le marbre renversé, la casse aussi…c’est la panique ! Quant à la rotative …
_ Qu’est-ce qu’elle a, la Heidelberg ?
_ Patron, ils l’ont arrosée d’encre, tout partout … tout partout.
_ C’est réparable ?
_ Y’a du boulot. Faut surtout pas qu’on la démarre parce qu’ils ont envoyé des plombs dans les engrenages.
_ Combien de temps pour remettre en route ? interroge Justinien. En tant que directeur de la publication, il ne peut laisser la rotative sans fonctionner pour la livraison hebdomadaire.
_ Au moins deux ou trois jours, avec du renfort pour récupérer tous les clous. … Ah, j’y pense, Patron, j’ai dit aux autres de faire silence radio.
_ C’est bien, Eugène. J’arrive.

Conseil des ministres
Le Conseil des ministres est particulièrement long ce matin. Le désert a occupé une bonne place dans les affaires diplomatiques. La condamnation d’un des généraux du quarteron a exacerbé le calme olympien habituel du Colonel.
_ Monsieur le Premier ministre, vous en êtes à votre sixième Conseil de ministres, déclare d’un ton vif le Colonel à l’endroit du chef du gouvernement. Il vous faudra rapidement apprendre les us et coutumes de cette institution. Nous ne sommes pas un salon où chacun vient faire la causette. Notre temps est précieux, je vous prierai d’aller à l’essentiel. C’est pourquoi, je vais demander, pour commencer, à ceux qui ont des questions déterminées à exposer d’avoir l’obligeance de se manifester et de m’en donner dès à présent connaissance, de façon que nous mettions nos affaires en ordre.
Le Colonel a pour habitude de rabrouer ses ministres. Ils le savent et se tiennent en générai cois. John ROTHSCHILD, le nouveau premier ministre, vient de la société civile, comme on dit. Il n’est pas habitué aux mouvements d’humeur du Chef de l’Etat. Dans la banque d’affaires où il travaillait jusqu’alors, l’ambiance était feutrée, les mots châtiés, les décisions validées par un discret doigt levé. Pour calmer sa contrariété, il met fébrilement la main dans la poche pour attraper son paquet de cigarettes. Il en sort une qu’il porte à ses lèvres. Son regard croise celui du Président. A l’expression du visage de l’auteur de l’appel du 18 juin, il comprend vite qu’il ne faut pas fumer en ce lieu, au risque de se prendre une pelle. Le Premier ministre se demande encore pourquoi il a accepté d’être chef du gouvernement, sous les ordres du Colonel. Pourtant, il était bien dans sa banque. Considéré de ses pairs, bien rémunéré, disposant de jours de congé à profusion… Vraiment, que vient-il donc faire dans cette galère ? se demande-t-il encore.
_ Monsieur le Président, Igor CHAUDFROID, ministre de l’Intérieur. Nous avons toujours un problème avec la Marronie, et spécifiquement avec le député KICOUPES.
_ Dans cette hypothèse, il va de soi que s’il repose dans un mausolée, il ne pourra pas haranguer les foules ! Autre question ? Pas de question. La séance est levée.

Monsieur PADEMON
La rue des Cinq Demis est en train de retrouver sa torpeur de la nuit. L’agitation diurne laisse place à un quartier paisible. Plus de touristes se rendant au musée des Talents et Travaux. Plus de cliquetis de bouteilles de vin déchargés du camion par Nicolas. Plus d’allées et venues pour la voyante du deuxième étage. L’immeuble de Justinien invite les résidents à passer une nuit sereine. De la rue, on voit les lumières des chambres s’éteindre au fur et à mesure. L’émission « 5 colonnes à la une » avait reçu au début du mois Edith Piaf, la môme de Pigalle qui devient l’emblème de la Gaule à l’étranger. Pour satisfaire les nombreuses demandes de téléspectateurs n’ayant pas vu la séquence, les réalisateurs ont rediffusé des extraits de cette interview exceptionnelle. L’émission vient de se terminer, les Gauliens vont se coucher. Justinien termine un livre de John LOCKE, un philosophe anglais du XVIème siècle qui s’élève dans son ouvrage contre le dogme des idées innées et apporte la preuve que l’expérience est à la base de tout savoir. Au siècle des Lumières, ses idées furent reprises aussi bien par les tenants du libéralisme que par les défenseurs de la notion d’État de droit.
Bien que matheux, Justinien ne dédaigne pas se lancer dans la lecture d’ouvrages montrant les divers aspects de la pensée contemporaine. Par exemple, le dimanche matin, il écoute assez régulièrement la radio et se délecte des entretiens qui sont accordés par des humanistes de tous bords sur des sujets touchant à la spiritualité universelle. Il a déjà réprimé un premier bâillement, mais il tient à finir ce livre. La journée a été difficile, mais il ne veut pas s’astreindre à ne lire que des ouvrages sur la politique.
Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Il se précipite sur le combiné.
_ Allô, Monsieur KICOUPES ?
_ Oui, j’écoute.
_ Allô, Monsieur Justinien KICOUPES ?
_ Oui, c’est moi. Qui êtes-vous ?
_ Vous oubliez vite, Monsieur KICOUPES. Je vous ai déjà dit « Pas de nom » !
_ Bonsoir Monsieur PADENON !
_ C’est bien. Ce soir vous avez de l’humour !
Cette petite phrase a eu le don d’irriter Justinien qui réplique aussitôt :
_ Non, je n’ai pas d’humour. Ni ce soir, ni les autres soirs. Je suis fatigué, j’ai sommeil et c’est maintenant que vous m’appelez ! Il n’y a pas mort d’hommes. Vous me rappellerez demain. Bonsoir Monsieur PADENON.
Justinien va joindre le geste à la parole en raccrochant fermement le téléphone. Mais, par acquis de conscience, il écoute une dernière phrase. Il entend au bout du fil :
_ C’est vous qui dites qu’il n’y a pas mort d’homme. Pensez-vous à la vôtre, Monsieur KICOUPES.
_ J’en ai rien à fiche !
_ Diantre !
_ Chaque fois que vous m’appelez, je ne suis pas plus avancé. Vous voulez me tuer ? Et bien tuez-moi. Le Peuple saura qui l’a fait. Voilà !
_ Ah, Ah, Ah ! Je me gausse, Monsieur KICOUPES. Je me gausse !
_ Et je vous fais marrer ?
_ Oui, Monsieur KICOUPES, parce que vous avez tout faux. Premièrement, je ne veux pas votre mort. Je suis votre ami, je vous l’ai déjà dit. Deuxièmement, le peuple comme vous dites, il ne saura jamais rien. « Ils » s’organisent pour que vous disparaissiez. Et quel que soit le plan qui réussira, tout le monde croira qu’il s’agit d’une mort naturelle. Ils sont forts, vous savez. Ils sont très forts. Il y aura le Secret-défense qui va protéger tout document qui se rapportera de près ou de loin à votre disparition.
_ Je ne comprends pas…
_ …Par exemple, si vous mourrez en dansant avec un Touloulou, on dira que c’est une crise cardiaque due à la chaleur du dancing au carnaval. Si c’est un accident de moto, ce sera une chute mortelle à cause d’un mauvais conducteur derrière lequel vous étiez. Si c’est une mygale tueuse, on trouvera que c’est normal et que c’est la région de ces petites bébêtes. Si c’est une agression chez vous, on pensera que c’est un cambrioleur qui a paniqué en vous voyant et qui a tiré pour se défendre pensant que vous étiez armé. Si c’est une bombe sous votre lit, on fera allusion aux plasticages des défenseurs du désert qui se seraient peut-être trompés de cible. Si c’est un coup de couteau en pleine forêt, on pensera à des orpailleurs qui ont été dérangés dans leurs fouilles illicites. Et si c’est un accident d’avion…
_ Je vous écoute. Vous disiez que si c’est un accident d’avion ?
_ Je ne sais pas. Ils pourront très bien dire que le pilote était en cause, qu’il était fatigué ou qu’il ne s’entendait pas avec son copilote, que les appareils de navigation étaient en panne, qu’il y avait un mauvais temps localisé, que… Je ne sais pas, Monsieur KICOUPES … Pourquoi me posez-vous la question ?
_ Parce que j’espère bien retourner dans mon pays, en avion.
_ Que voulez-vous que je vous dise, Monsieur KICOUPES ? Ne prenez pas l’avion.
_ Et c’est tout ? Vous m’appeliez pour me dire ça !
_ Non je vous appelais pour vous dire que votre intervention cet après-midi …
_ …Qu’est-ce qu’elle a encore mon intervention de cet après-midi ?
_ Eh bien, elle était très mauvaise, Monsieur KICOUPES. Elle va fâcher plusieurs personnes, vous vous en doutez ?
_ Moi je n’en peux plus. Le jour où vous voudrez me parler en clair, que je comprenne, on discutera. Moi, je suis fatigué. Je suppose que vous aussi. Bonsoir Monsieur. Qui que vous soyez !
Justinien raccroche violemment le téléphone au point que celui-ci tombe par terre. Il le ramasse. Il n’est pas cassé, c’est l’essentiel. Du coup, il a perdu le sommeil. Il va à la cuisine et se fait un café. En attendant que l’eau ne se mette à frémir, il se fait prépare une pipe. Il va à la fenêtre et l’ouvre pour voir le ciel orageux se découper au-dessus des toitures. Les sbires sont toujours dans la voiture en bas. Peu importe. Justinien ne comprend pas que quelqu’un qui dit vouloir l’aider ne se fasse pas connaître. De plus, cette personne est au courant de tant de détails sur sa vie, et notamment tous les attentats, agressions ou tentatives d’homicide qu’il a subis. Faut-il que cette personne soit à l’origine de ces méfaits ou qu’elle soit liée par un silence coupable ? Elle veut bien dire à Justinien de se préserver, mais elle sait que les instigateurs feront tout pour arriver à leur fin. Ces appels lui donnent bonne conscience, peut-être, mais Justinien n’est pas plus avancé. Il l’a bien compris finalement, « ils » veulent le tuer.
Une effrayante prise de conscience fond alors sur Justinien.
Réunion secrète
Le temps d’allumer une cigarette, les autres convives arrivent. Chacun s’installe et la discussion commence sur les chapeaux de roue.
_ Bien. Vous savez que le Colonel n’est pas content de notre échec du début du mois, annonce Igor CHAUDFROID.
_ Voilà ce qui arrive quand on agit dans la précipitation, bordel ! répond Le singe. Nous n’avions pas eu le temps de voir que ce salaud avait aménagé une trappe dans son armoire. Il s’est enfui par là. Fais chier !
_ Du calme, demande Jean FAUXCULS, le secrétaire général du Château. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. L’urgence n’autorise pas les échecs. Nous sommes là pour voir quelles sont les possibilités qui nous restent. Nous avons deux options : soit on intervient ici, sur le territoire national, mais ce sera qu’à partir de la fin avril, quand il reviendra pour la session parlementaire, ou avant, mais chez lui, en Marronie. Qu’en pensez-vous ?
_ Bien. Il ne faut écarter aucune hypothèse. Tout doit être envisagé. Nous examinerons les tenants et les aboutissants, déclare le ministre.
_ Et le financement des menus frais ? demande Le singe.
_ Bien. Pas de problème. Nous avons carte blanche du Colonel lui-même.
_ Il assume également la responsabilité, je suppose ? dit Simon LEVENDEUR, prenant enfin la parole, en juriste averti. Parce que, pour lui, la coutume internationale interdit de poursuivre un dirigeant d’Etat en exercice, quelle que soit la gravité du crime commis. Mais nous ?
_ Bien. Nous avons carte blanche, ai-je dit. Ce n’est pas suffisant ? s’étonne le ministre de l’intérieur.
Un silence pesant s’installe dans la salle à manger du deuxième. Le fumet des spécialités servies aux étages inférieurs envahit la pièce. Chacun réalise qu’il a faim. Le singe se propose de descendre passer commande. Pot-au-feu gascon et vin de pays pour tout le monde.
Quand il remonte, les comparses sont encore plongés dans leur réflexion.
_ A la soupe, les filles !
_ Epargne-nous tes vulgarités, Le singe, dit Simon.
_ Bien. Il faut avancer, dit le ministre pour relancer les débats.
_ Il faut lister les différentes possibilités que l’on va classer selon leur faisabilité, leurs risques et les moyens à mettre en œuvre, avance Simon.
_ On voit que c’est l’avocat qui parle, dit Jean à l’intention de Simon.
_ Tout projet nécessite préalablement une organisation, répond-il. Faisons un brainstorming des différentes options.
Jean, Secrétaire général du Château, sort instinctivement un carnet pour prendre des notes. Les idées fusent : attentat nocturne, accident de voiture, homicide maquillé en suicide, plasticage de l’appartement du député, meurtre dans son bureau parlementaire, explosion de son véhicule quand il l’emprunte, enlèvement, séquestration, électrocution par son rasoir électrique… toutes les hypothèses sont avancées et notées systématiquement. Après avoir relu les notes de Jean, Simon propose que l’on soit plus « inventif ». Pourquoi pas dans son territoire, en Marronie ? De nouvelles propositions sont lancées : explosion d’avion en vol, noyade dans un fleuve, disparition dans la jungle tropicale, mort par attaque d’une bête sauvage ou même attaque de mygales venimeuses ou de serpents venimeux, etc., etc. Le secret ne devra être communiqué qu’à des intervenants au-dessus de tout soupçon.
L’après-midi était bien entamée quand ils se quittèrent sur quatre propositions.
Discours prémonitoire
Justinien est à la tribune. Il baisse légèrement les micros pour qu’ils soient à sa hauteur. Ces quelques secondes lui permettent de respirer et de se calmer. Il a usé d’une astuce pour parler ce soir. Il tente le tout pour le tout. En demandant d’intervenir dans le cadre d’un rappel au règlement, il est autorisé à intervenir. Mais le président de l’hémicycle sera très attentif à ses propos. Il faudra jouer fin.
_ La parole est à Monsieur Justinien KICOUPES pour un rappel au règlement, annonce le président Jacques CHABIN-DEPLUS.
_ Monsieur le président, mes chers collègues, permettez-moi tout d’abord de vous témoigner ma profonde reconnaissance pour la sympathie que, tous, vous avez témoignée pour la cause que j’ai toujours défendue ici et qui est évidemment une cause gaulienne… Aujourd’hui, je solliciterai de la part de Monsieur le président une extrême bienveillance à mon égard. Je ne dirai absolument rien qui puisse enfreindre le règlement… Je veux simplement solliciter de vous une aide afin de faire cesser une situation dramatique et éviter en Marronie de nouveaux déboires… Monsieur le Président, je m’étais déjà adressé à vous pour vous demander de m’aider dans ma tâche de parlementaire. Vous avez fait ce que vous avez pu. Or, ne voilà-t-il pas qu’au moment où je parlais à la tribune de la Convention, le sang coulait en Marronie gaulienne… Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je sollicite votre bienveillante intervention…
_ Monsieur KICOUPES… dit le président pour essayer de lui couper la parole.
_ Et je fais appel aux sentiments de solidarité de mes collègues de la Convention…
_ Monsieur KICOUPES, c’est moi qui préside. Veuillez m’écouter.
_ C’est peut-être la dernière fois que j’interviens dans cette assemblée. Je veux avoir la possibilité de défendre la cause de mes compatriotes. Tous les leaders politiques de la Marronie sont en prison. Il faut que ma voix s’élève…
_ Si vous poursuivez, Monsieur KICOUPES, vos paroles ne figureront pas au Journal Officiel… Vous avez des moyens réglementaires de vous faire entendre dans cette assemblée… Je vous demande donc de bien vouloir les utiliser. Si vous désirez que le président de la Convention facilite votre tâche, ce qui est son devoir, il le fera volontiers. Mais ce n’est pas en ayant recours à un rappel au règlement, parfaitement fallacieux, que vous obtiendrez satisfaction… Venez me voir dans mon cabinet. Je vous donnerai les avis et, le cas échéant, les conseils que vous souhaitez. Mais la Convention ne doit pas être saisie d’un sujet qui ne figure pas à son ordre du jour, par le biais d’un rappel au règlement qui, je le répète, est parfaitement artificiel.
_ Une première fois, Monsieur le Président, vous m’aviez dit…
_ Monsieur KICOUPES, vous n’avez plus la parole. Je vous l’ai retirée.

FA 711 Répondez !
4 heures 06
_ FA 711, ou en êtes-vous avec vos instruments en panne ?
_ Toujours pareil. Ils se sont pas réparés par l’opération du Saint Esprit.
_ Gardez votre calme, FA 711.
_ Vous glandez dans une tour, un VOR qui ne fonctionne pas et une piste dans le noir. Comment voulez-vous que je me pose ?
_ Quelle météo locale ?
_ Très instable.
_ Comme le pilote ?
_ Tu me cherches, p’tit con ?
_ Respectez-vous et respectez-nous, FA 711
_ Fortes turbulences dues à orage très localisé. Vent S-S-E avec fortes rafales.
_ Voulez-vous un déroutement sur Port-Riche ou sur Trinita ? Avez-vous assez de carburant ?
_ Affirmatif. 3 tonnes.
_ Donc j’informe lequel ?
_ Non, aucun. J’atterris ici, Bon sang ! Vous faites chier, je commence à être fatigué. C’est la deuxième rotation d’affilée que je fais, j’ai besoin de me poser. Et vite !
_ On se calme FA 711. On se calme.
_ Vous êtes des enfoirés. Vous foutez rien à glander dans une tour d’ivoire. Vous vous en foutez de ceux qui sont en vol.
_ La grossièreté n’arrange pas les choses.
_ Ouais, mais ça soulage, Connard !
_ C’est Confucius qui a dit que l’invective ne déshonore que son auteur.
_ Ouais, c’est les p’tites phrases qu’on vous apprend à l’ENAC ? Vous n’allez pas me bassiner avec votre philosophie à deux sous.
4 heures 11
_ FA 711 quelle est votre position ?
_ Assis dans le poste de pilotage. Vous croyez que j’étais dans les chiottes, peut-être ?
_ FA 711, quel cap ?
_ 255. 2-5-5
_ Tournez à droite encore, tournez à droite. Il y a la montagne devant.
_ Répétez !
_ FA 711, reprenez le 290, il y a la montagne devant vous. … FA 711, …FA 711, … FA 711, répondez !
Plusieurs longues secondes passent sans réponse.
_ FA 711, répondez…
Toujours pas de réponse de l’avion.
_ Répondez FA 711, répondez… Allô, FA 711, si vous nous entendez, envoyez un message … FA 711 … FA 711 … Si vous avez un problème, déclenchez votre balise Sierra Oscar Sierra… FA 711, répondez… FA 711, FA 711,
_ FA 711, répondez…
_ FA 711, répondez…