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Extraits de "Faites taire le journaliste !" 

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Le coq à belle pose

Parmi les propriétaires, il y en a qui viennent de tous les milieux. Il y a un habitué qui ne passe pas inaperçu, c’est le Châtelain, Ernest ORIBET lui-même. Familier avec les uns et courtois avec les autres, il demande des nouvelles des différents concurrents. En ce domaine, l’intox est aussi une stratégie pour faire croire aux autres propriétaires que son coq n’est pas très en forme le matin du combat. Mais les ruses n’ont qu’un temps, celui des coulisses. Une fois que le son de la cloche a retenti, il n’y a plus qu’à prier pour que son héros ne devienne pas aveugle, estropié, grièvement blessé voire achevé. Ainsi donc, les afficionados connaissent bien ORIBET qui, ne négligeant pas sa popularité, distribue allègrement une aumône par-ci, quelques subsides par-là. Sé lajan ka fè chyen dansé[1]. Il recueille une information politique de celui-ci et distille une fausse nouvelle à celui-là. Brouiller les cartes a toujours été sa passion. Il fait et défait les élections. Il a su remembrer dans les mains de sa femme toutes les actions du capital d’une usine. Il y a quelques années, il comptait bien aller sur les traces de son beau-père et, pourquoi pas, être lui aussi président du Conseil général. Et tant qu’à faire, sénateur comme son obligé Harry LIMERET. Vraiment, la vie politique a du bon. On peut bénéficier des ors de la Colonie, recevoir les courbettes des uns et des autres, mais surtout, accéder à des informations privilégiées pour faire des affaires. Finalement, le Châtelain a compris que, par la puissance de l’argent, il est le maître du pays. Les politiciens, les religieux, les autres usiniers, les propriétaires et tout le petit peuple lui adressent des reconnaissances. Il est vraiment le maître de Madinéra. Encore ne faudrait-il pas qu’un petit journaliste vienne mettre le nez dans ses affaires, comme ce petit écrivaillon d’Ali CŒUR.

 

[1] C’est l’argent qui fait danser le chien. Traduction : On peut faire beaucoup de choses avec de l’argent.

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Sous la coupole

C’est sous un petit crachin que Mano De CROQUEAUX d'ÎLES se rend au restaurant pour dîner avec son frère Victor. Ils ont une décision importante à prendre. Plutôt que de se voir chez l’un ou chez l’autre, avec les oreilles indiscrètes des épouses, ils ont convenu de se rencontrer en public. Et où passer le plus inaperçu ? Dans un restaurant. Mano s’y rend. Mais au fait, c’est quel restaurant ? Il sait que c’est à Montparnasse, mais où ? Il a tellement de choses dans la tête. Il hésite entre La Rotonde et La Coupole. Tous les deux sont chics et l’on y voit du beau monde, et surtout de belles douairières en quête d’aventures exotiques. L’un est le repère des littéraires en tous genres, l’autre est la cantine des peintres et de leurs égéries. Les deux restaurants sont quasiment face à face. Ayant l’habitude de dîner aussi bien dans l’un que dans l’autre, Mano opte pour La Coupole. L’intérieur de style Art-déco est aménagé avec goût. Pas d’opulence ou de clinquant. Tout est dans la pureté des matériaux qui brillent par leur seule valeur intrinsèque. Le dôme est une verrière qui laisse le soleil baigner tout l’intérieur de ses reflets d’argent. La nuit, le scintillement des cristaux de Baccarat fait un spectacle féérique.

 

Mano choisit une table proche de la terrasse ; ainsi, en surveillant de l’autre côté de la rue, il pourra voir si son frère se présente dans l’autre établissement. Pour patienter, il commande un Négrito. Ce rhum industriel est infect ! Comment se fait-il que les restaurateurs de Spira n’aient pas compris que l’on fait du rhum, et du très bon rhum à Madinéra ? Il est industriel, certes, mais il se dit qu’il faudra élargir ses compétences en devenant commercial sur la capitale. Oui, il faudrait convaincre les grandes tables de la capitale de proposer à leur clientèle du « vrai » rhum issu de la distillation de la canne à sucre, et non de la mélasse. Les rhums vieux de Madinéra sont élevés dans des fûts de chêne pendant au moins six ans. Ce qui permet d’obtenir des parfums inimitables. Il se décide à vendre la force de l’alcool, la douceur de la canne, et la richesse des arômes qu’on y trouve. Les saveurs aromatiques du tabac, du cacao, des épices, du girofle et de tant d’autres en font une boisson exceptionnelle, comparable à aucune autre. De plus, si vous l’avez dans une carafe en cristal, les connaisseurs pourront apprécier sa robe d’une couleur cannelle ambrée qui, à elle seule, évoque déjà les îles.

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Lettre à tiroirs

Mardi 2 janvier 1934           16 heures 42

St Macaire

 

Magasin d’Ali

Citadelle-de-Gaule

 

 

Fatigué par les péripéties de la veille, Ali va fermer boutique. La lettre qui lui est apportée par un gamin est parfumée. Il reconnaît l’écriture de Béatrice. Il l’ouvre avec avidité.

 

Cher Ali,

Avant de lire cette missive, je vous demanderai

De la détruire après l’avoir lue, dans le but non dissimulé

De préserver notre secret sur ce que nous connaissons

Et de protéger votre famille du qu’en-dira-t-on.

Vous êtes un homme de parole et d’action,

Je dois reconnaître votre détermination.

Très franchement, je vous ai senti prêt à me

Prêter l’oreille sur les harcèlements des gens dont le but était de

Pénétrer dans mon intimité, dans mon chez moi et y déposer

Les petits billets qui font mon malheur au lieu de propager

La semence fertile de l’Amour. Ça je vous l’assure,

Cela ne leur portera pas chance, soyez-en sûr !

Mais j’ai des regrets de n’avoir pas pu vous indiquer

Que je dois vous exprimer ma gratitude, pour votre volonté 

D’aller plus loin dans vos investigations pour aller au fond des choses

Politiques et des affaires de ce monde qui n’est pas rose.

La chose importante que je dois vous dire, et cela m’agace :

Prenez garde à vous, Cher Ali, un grand danger vous menace.

Je ne puis rester insensible à ce qui vous touche.

Ils sont cette fois décidés à faire mouche. 

J’aurais tant aimé, je le dis humblement, pouvoir jouir

D’une vie bien paisible et pleine de fou-rires

Bien au plus profond de moi car je suis une femme sensible

Je ne voudrais pas que vous soyez leur cible.

 

Bien tendrement,

Dieu vous garde

B.

 

Serait-ce une mise en garde de Béatrice ? Ali est interrogatif. Pourquoi lui pardonner ? Pour quoi ? Elle ne peut plus ou elle ne peut pas arrêter ce qui aurait été décidé ? Qu’a-t-elle pu faire ou dire qui mettrait sa vie en danger ?

 

Une chose est sûre, elle sait qu’on veut le tuer.

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Détermination d'Ali

  •  Hier soir, j’ai pensé à toi, Ali.

  •  Ça ne m’étonne pas que tu penses à ton grand frère. Mais en quelle circonstance, Biloute ?

  •  Je suis allé hier soir dans le nouveau cinéma. Et tu sais quel film j’ai vu ?

  •  Je ne sais pas, mais tu peux me le dire.

  •  « Accusée, levez-vous ! »

  •  Ah, je croyais que c’était « Ironie du sort »

  •  Non celui-là est projeté dans la salle de Lysker-Palace.

 

Les deux frères sont assez complices. Ils aiment bien se retrouver le midi pour déjeuner ensemble et apprécier un bon court-bouillon et des dachines chez Toinise. Mais Biloute voit bien que son cadet est préoccupé. Il lui pose franchement la question :

  •  Qu’est-ce qui ne va pas ? Lili ? Les enfants ?

  •  Non, heureusement. De ce côté-là, j’ai une femme merveilleuse et des enfants admirables. De toute façon, j’ai pris une grosse assurance-vie. Si jamais ils ont ma peau, au moins, les miens seront à l’abri du besoin.

  •  Pourquoi tu me dis ça ? Les affaires vont si mal que ça ?

  •  Piano-piano. J’ai fait un nouveau prêt pour me renflouer. Mais je crois que ça ira.

  •  Ecoute, Ali. Je sens qu’il y a quelque chose de grave que tu ne me dis pas. C’est quoi ?

  •  C’est… C’est…

  •  Vas-y, dis-moi !

  •  J’ai peur. Oui, j’ai peur. Mais je ne peux l’avouer qu’à toi. Je sais que tu sauras garder le secret.

  •  Tu as peur ? Mais de quoi ?

  •  J’ai déjà reçu des menaces de la part des cathos, je suis déjà tout excommunié par moi-même. J’ai des intimidations de commerçants trafiquants, je leur ai dit que si je meurs, les preuves que je détiens se trouveront le lendemain sur le bureau du chef de la police. J’ai découvert des politiciens menteurs, j’ai averti leurs opposants les plus farouches. Tout ça, je m’en fous. Mais là… mais là…

  •  Explique-moi, tu veux ?

  •  J’ai une bombe entre les mains. Imagine-toi un gros scandale financier qui implique des magistrats véreux, des politiciens sans scrupules, des fonctionnaires achetés et des békés très riches et même, et même… le Gouverneur. Une bombe, je te dis !

  •  Ouah ! Quand tu y vas, tu ne fais pas dans la demi-mesure ! Ou sav, ravèt pa janmen ni rézon douvan poul ![1]

  • Je le sais. Mais je ne peux faire comme mes confrères, c’est un bien grand mot, comme tous ceux qui sont au courant et qui ne disent rien.

  • Résume un peu.

  •  Je te donne l’essentiel : Ernest ORIBET, tu le connais, c’est le béké le plus riche de Madinéra. Il a acquis sa fortune en se mariant avec la fille de Raphaël YOTAT, le président du Conseil général. Tu sais en faisant quoi ?

  •  Je t’écoute.

  •  Eh bien, en rachetant toutes les parts de l’usine La Ti’Rhin aux autres actionnaires en utilisant des procédés peu recommandables. Du style de démunir des orphelins de leur patrimoine.

  •  Pas bien… mais cela ne m’étonne pas. Mais, Ali, pourquoi dis-tu que c’est une bombe ?

  • Parce que dans sa combine, il entraîne des fonctionnaires de l’Enregistrement, des magistrats et même le Gouverneur.

  • Explique.

  • Voilà ! Une fois qu’il a racheté l’ensemble des actions de l’usine pour une bouchée de pain, il trafique les bilans pour ne pas payer la taxe de 12% de plus-value. L’administration fiscale le convoque pour payer. Et c’est à ce moment qu’il déclenche cette rocambolesque machination. Les fonctionnaires de l’administration n’en démordent pas. Ils lui collent en plus une amende. Ce qui représente près de 8 millions de Francs. Il arrive alors à couillonner le Gouverneur, lequel ne se pourvoit pas en cassation pour défendre les intérêts de la Colonie. Et, tiens-toi bien, le Conseil général devra lui verser 80 000 F. C’est un comble.

  •  Et comment tu as su tout ça ?

  •  Eh bien, ne dit-on pas dans notre sagesse populaire que « konplo a nèg, sé konplo a chyien »[2], mais là, c’est un béké qui a eu maille à partir avec le Châtelain et il a vendu la mèche.

  •  Tu es sûr de ce que l’on t’a dit ? Il n’y a pas d’entourloupe pour te faire un nouveau procès ?

  •  Plus je vérifie, plus je suis devant l’évidence. C’est une bombe ! Je ne peux pas me taire.

  •  Ali, je t’en prie. Tu as bien réfléchi ?

  •  Ce sera mon combat. Pour me faire taire, ils devront me tuer.

 

[1] Le cafard n’a jamais raison devant la poule. Traduction : La raison du plus fort est toujours la meilleure.

[2] Un complot de nègres est un complot de chiens, c’est-à-dire qu’il ne reste pas secret et qu’il est vite éventé.

En famille

La tension est plus que palpable autour du guéridon. Les verres de rhum vieux ne sont même pas consommés. Les uns et les autres se regardent en chiens de faïence. Les rayons de lune baignent la pièce déjà bien éclairée d’une luminosité inhabituelle. Nul bruit ne se fait. Les chiens n’aboient pas. Les grillons se reposent. Les lucioles sont éteintes. Un calme avant la tempête.

 

Dans le petit salon, sont présents les proches du châtelain, à savoir Philippe-André, son neveu, Yvan KOSCRATOVICH, son nouveau secrétaire, Bernard Du MUSCAT de St MICHEL, son gendre, le président YOTAT, son beau-père et accessoirement président du Conseil général, le Père FLORENTINI représentant l’évêque et Jacques CHALUMEAU, secrétaire particulier du Gouverneur. La Châtelaine qui a accueilli ses hôtes a évoqué une terrible migraine et s’est retirée dans ses appartements, laissant son mari gérer au mieux la situation, comme elle le fait toujours.

Ernest ORIBET ne cesse de croiser et décroiser ses jambes, signe d’un énervement qu’il n’arrive pas à dissimuler. Entre ses mains, le dernier numéro de Justesse chiffonné, tordu, déchiré. Il n’arrête pas de lire et relire certains passages de l’article intitulé « Le Panama de La ti’Rhin _ Les chéquards de la fraude fiscale _ Magistrats pris la main dans le sac _ Maximum de forfaiture ». Enfin il prend la parole :

  •  Mais non ! A-t-on jamais vu ça ? Ce petit gribouillon de merde qui se permet de déverser tout son fiel dans sa feuille de chou qui n’est même pas lue ! Saperlipopette !

  •  Sans vous contredire, cher ami, il paraît que le tirage de Justesse augmente régulièrement. Nous-mêmes, à l’Appel du Diocèse, on constate que quand il lance une énormité, nous avons du mal à rétablir la vérité pour nos lecteurs. Cet homme est un danger pour la paix dans notre île. Puisse Dieu lui donner le châtiment qu’il mérite.

  •  Monsieur l’abbé, je ne crois pas que je vais attendre Dieu pour lui infliger une leçon. Je prendrai les choses en main. Je lui ferai manger sa merde. Et lui, et son indic !

  •  Vous savez d’où vient ce tissu de mensonges ? interroge le secrétaire du Gouverneur.

  • A dire vrai, Monsieur CHALUMEAU, il y a un certain nombre d’éléments qui sont véridiques. Le traître qui a fourni ces informations n’est autre que mon ancien collaborateur, le sieur De CROQUEAUX d'ÎLES. Mais, il ne perd rien pour attendre, lui aussi. Un accident est si vite arrivé, même à Spira où il se cache actuellement.

  • Qui ? Mano ?

  • Lui-même. Le vendu. Le parjure, le renégat, le moins que rien, le…

  •  … Calme-toi Beau-papa. Tu te fais du mal.

  •  Et d’ailleurs, arrête de m’appeler Beau-papa !

  •  Oui, B… Enfin oui, balbutie Bernard Du MUSCAT de St MICHEL.

  •  Mais qu’ai-je donc fait au Bon Dieu ? Je suis maudit ou quoi ?

  • Ne vous accablez pas mon fils. Dieu reconnaît les siens, dit le prêtre pour calmer le courroux du Châtelain.

  •  Je suis allé le voir jeudi dernier, reprend le gendre du Châtelain. Nous nous connaissons bien. Il a travaillé avec moi comme commis principal, dans le magasin Mesdé, à la rue du commerce, il y a quelques années. La conversation avait bien commencé mais, très vite, il s’est cabré. Je lui ai expliqué que tu sais être reconnaissant pour ceux qui savent t’être agréable. Il a refusé de me donner les documents et la fameuse brochure. Le vendredi, je suis retourné à son magasin. Il m’a dit qu’il y en a qui se laissent acheter. Mais pas lui. Là, il m’a foutu malproprement à la porte et il a dit qu’il allait porter plainte contre moi.

  •  Et tu es satisfait de toi ?

  •  Au moins, j’ai essayé. Je n’ai pas réussi. Je croyais être son ami. Il me le paiera.

  •  Mais oui, mais oui…, dit le beau-père d’un ton sarcastique.

  •  Pourquoi dites-vous cela, Monsieur ORIBET ? s’enquiert le nouveau secrétaire du Châtelain.

  • Têtu et déterminé comme il l’est, les procédures judiciaires ne lui feront pas peur. Il faut l’éliminer. Oui, l’éliminer.

  •  Mon fils, dans sa grande miséricorde, Notre Seigneur saura séparer le bon grain de l’ivraie. Nous prierons pour vous.

 Priez pour moi, mon Père. Priez pour moi. Comme St Georges, je vais terrasser ce dragon, cette vermine, cette puanteur, ce cloaque. Je tuerai ce journaliste.  

Lettre d'André à Pierre

« Mon petit Frère Pierrot,

Depuis juin 1933, depuis que j’ai dénoncé les manœuvres frauduleuses dont Monsieur ORIBET s’était rendu coupable et notamment les corruptions de magistrats, le juge FALZAR en tête, je fais l’objet de menaces. Dès la publication du premier article dans Justesse, il envoya son gendre vers moi, le 6 juillet dernier, afin de me convaincre de laisser tomber. Nous nous connaissons bien, Bernard Du MUSCAT de SAINT MICHEL et moi avions travaillé ensemble au Magasin Mesdé. Comme j’ai refusé gentiment, il est revenu le lendemain me proposer une très forte somme d’argent, cent mille Francs, c’est énorme ! Là, malgré mon amitié pour lui, et surtout malgré mes difficultés financières, je l’ai foutu à la porte, malproprement. Hélas. Mal m’en a pris. Depuis, j’ai eu toutes les tracasseries possibles et imaginables. Les banques m’ont coupé leurs crédits, les fournisseurs békés, quand ils acceptaient ma clientèle, exigeaient que j’achète au comptant. Ma demande de port d’arme a été refusée. Ma plainte pour l’agression au cirque ainsi que celle du 1er janvier ont été lettres mortes alors que dans le même temps ORIBET obtenait ma condamnation pour insultes. Le 16 juillet j’ai relaté ces incidents dans le journal, le 27 juillet l’imprimerie refuse de sortir notre journal sous prétexte de règlements en retard. Voulant me détendre en famille, je m’étais rendu au cirque, le 3 novembre. Et là, devant mes enfants, j’ai été pris à partie puis molesté par des individus dont je suis certains qu’un d’eux, le dénommé Roméo, est un domestique d’ORIBET. Hasard ? Non.

Dans l’édition du 9 novembre, je dénonce cette agression en public. Je précise même, et je signe « Mr. ORIBET s’y connaît dans ce mode d’assassinat. » Le 30 décembre, Bernard Du MUSCAT de SAINT MICHEL rencontre Biloute. Il lui dit de me conseiller d’arrêter d’importuner son beau-père. Il précise même que Mr ORIBET qui est habituellement généreux, saura lui manifester sa reconnaissance. Tu sais déjà ce qui s’est passé le jour de l’an. Les trois sbires qui m’ont jeté à la mer ne savaient pas que j’étais un bon nageur et que je savais garder ma respiration sous l’eau. Biloute me disait tout le temps que je faisais de l’apnée juvénile. Eh bien, ça m’a servi, bien heureusement. Trêve de plaisanterie, pas plus tard qu’hier, ils ont relancé Biloute pour que j’arrête d’écrire sur ORIBET.

Après l’attentat du 1er janvier, je suis convaincu qu’ORIBET a mis ma tête à prix.

Pas plus tard que ce matin, c’est VILNO qui est venu voir Biloute pour lui proposer de m’offrir de l’aide pour mes affaires. Tu t’imagines bien que Biloute l’a éconduit. C’est difficile. Que faire ? Je ne peux baisser les bras et tout arrêter. Et encore bien moins accepter cet argent sale gagné sur la sueur des travailleurs. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je sais que tu es jeune, mais tu es plus instruit que moi. Tu fais des études de médecine et, là-bas, on doit t’apprendre plein de choses. Tu as toujours été plein de bon sens. N’étant pas en Madinéra, tu as le recul nécessaire. Donne-moi un conseil.

Je ne sais plus quoi faire. Etant athée et bolchévique de surcroît (c’est la double peine !), je ne vais tout de même pas me mettre à prier ? Que faire pour que cette tourmente s’arrête ?

J’ai rencontré un tailleur, d’origine de Santa Lucillia, mais installé ici depuis quelques temps. Il m’a dit qu’il sait qui a voulu me noyer le jour de l’an. J’ai pas confiance en lui. C’est un individu louche. Mais s’il me donne une piste, je suis prêt à l’explorer. J’ai rendez-vous avec lui le jeudi 11.

Je ne peux plus vivre dans cette incertitude. Il faut que je sache si c’est ORIBET qui est derrière tout ça.

Je ne serai pas plus long. Il se fait tard.

Bien affectueusement,

Ton frère qui t’aime

,

Ali »

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