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Extraits de Meurtre au CHU

Ci-après, quelques pages de l'ouvrage. Elles seront de temps en temps renouvelées pour avoir une vision globale de l'ouvrage. 

Vue sur le ciel bleu
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Colopathie fonctionnelle

Toute la nuit, je n’ai dormi que d’un oeil. Comme j’en avais déjà un sous un bandeau, ce qui veut dire que je n’ai pas du tout dormi puisque l’autre était ouvert. Je craignais que l’on vienne
subrepticement insérer un produit létal dans ma perfusion ou que l’on m’applique fortement un oreiller sur le visage pour m’étouffer. Enfin ! Je constate que l’astre du jour inonde de sa lumière salvatrice cette chambre encore dans les ténèbres, il y a peu. C’est une bonne chose.
La porte s’ouvre et je vois l’infirmière du matin qui se présente avec une autre dame vêtue
également d’une blouse blanche. La nouvelle est toute menue à côté de notre incontournable Adolphine. Le duo me fait penser à Obélix et Astérix. J’arbore un sourire amusé. Il ne passe pas inaperçu.
- Ah ! Bonjour Monsieur Naigre. Je vois que tu es de bonne humeur ce matin.
- Bonjour Madame Adolphine. Je crois que je suis comme toi. Simplement, je ne chante
pas.
- Ce sera pour plus tard. Si tu es sage. Je te présente Jeanine, notre infirmière stagiaire
et également poète.
- Bonjour Jeanine. J’ai connu une Danielle qui était au Centre Hospitalier de Basse-Terre.
Elle déclamait des « Maux sûrs aiment motions ». Non, des « Morsures et onctions »…
Non ! … « Morts sur érosion », non … Des « Mots sur dévotion » … Non ! … Des « Mots
sur émotions » ou quelque chose comme cela. C’était beau. J’espère que vos poésies
illuminent les journées ternes des patients, chère Madame.
- J’essaie, cher Monsieur, de rendre un peu de joie à ceux qui sont momentanément dans
nos murs.
- C’est tout à votre honneur.
- Comment ça va ce matin, Monsieur Naigre ? me demande Adolphine.
- Je me sens de mieux en mieux. Un seul truc me chagrine. Je ne suis pas allé à la selle.
- Depuis combien de jours ?
- Cinq jours, je crois.
- Et pourtant, vous êtes seul dans votre chambre !
A peine cette réponse est-elle faite que les deux infirmières éclatent de rire. Devant leur joie subite, je m’étonne quelque peu. En voyant mon étonnement, leur hilarité redouble.
- Je voudrais comprendre…. , leur dis-je.
- Et vous n’aviez pas de savonnette pour la douche ? me demande Adolphine.
- Non. Je suis ficelé sur le lit…
- Ne vous méprenez pas, Monsieur Naigre, m’explique Jeanine. Mais c’est un symptôme
connu. Vous souffrez d’une colopathie fonctionnelle. On aime bien plaisanter en disant que quand des hommes se retrouvent en chambre double, ils ont le syndrome de la
savonnette. Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?
- Euh ! Non …
- Enfin, voyons, si la savonnette tombe et que l’autre patient en profite… Bref. Nous allons
vous donner du DUPHALAC. Tout devrait revenir dans l’ordre rapidement

Réflexion faite 

Et si la mort du chirurgien était naturelle ? Et s’il n’y avait pas eu d’homicide ? Et si les différents protagonistes que j’ai rencontrés n’avaient rien à voir avec le décès de Jacques Dommergue ?
Il pourrait très bien avoir une crise cardiaque, une rupture d’anévrisme, une syncope, une
embolie pulmonaire, un AVC, une hémorragie digestive, que sais-je ? Mais cela ne colle pas.
Il était médecin et en plus on l’a retrouvé dans un local dans l’hôpital. Même de nuit, il pourrait se trainer jusqu’à la porte, l’ouvrir et sortir. Ceci dit, s’il était couché au sol, ce serait difficile, je le conçois. Mais il aurait pu frapper sur la porte. Avec quoi ? Il aurait pu prendre l’extincteur qui se trouvait sur le côté, près des baies informatiques. Ce qui veut dire qu’il ait encore de la force pour arriver jusqu’à ce réservoir d’eau ou de mousse. Il faudrait avoir suffisamment de force pour pouvoir le soulever et le décrocher de son support. Là encore, ma théorie ne tient pas.
Autre hypothèse : imaginons qu’il ne soit pas seul. Imaginons que, comme à son habitude, il
soit en train de forniquer. Sa partenaire lancerait l’alerte. Or personne n’a immédiatement indiqué qu’il était dans ce placard. Non. Je m’égare. Il ne faut pas oublier que le corps a été vidé de son sang. C’est une donnée fondamentale à ne pas oublier.
Je demande à Kéké de patienter, et je rappelle Hugo qui est en pleine intervention. Il ne se gêne pas pour me dire que je le dérange. J’insiste pour qu’il me réponde par oui ou par non à une seule question : La mort de Dommergue peut-elle être naturelle ? Il s’étonne que je lui pose la question. J’insiste. Il me dit que je lui fais perdre son temps. Je réitère mon alternative : oui ou non ? Je n’entends rien. Je crains qu’il n’ait arrêté la communication. Finalement, je distingue un souffle suivi d’un cri : Nooonnnn ! La conversation est coupée.
Kéké ne comprend pas. Elle ouvre de grands yeux. Je lui explique rapidement les tenants et
les aboutissants de cette affaire. Comme d’habitude, elle me rabâche que je vois le mal
partout, que je monte les choses en épingle à cheveux, que je suis en manque de sensationnel et que je fais mousser le chocolat pour vendre plus de journaux, mais les lecteurs ne sont pas dupes, etc, etc… Je connais la rengaine, je passe à autre chose. Je lui demande si le film qu’elle a vu à la télé était bien. J’ai droit à un bon quart d’heure de description des télénovelas insipides qu’elle suit attentivement. Je lui indique que ce sera bientôt l’heure de son feuilleton. Elle ne s’en soucie guère puisqu’elle a programmé l’enregistreur. C’est nouveau ! Elle commence à se débrouiller avec la technologie ? Il y a du progrès. Je fais mine de suivre attentivement ce qu’elle me dit. De temps en temps, je pose même une question pour montrer mon intérêt à ce qu’elle dit, mais mon esprit est ailleurs. Il y a bien eu un homicide perpétré par quelqu’un qui est du métier. Je demande à Kéké de bien vouloir m’autoriser à passer un SMS au commissaire Cartier. Une fois son accord obtenu, je demande au commissaire de convoquer pour demain 11 heures, salle polyvalente, Râ, Duparquet, Dunant, Mathurine, Murat, Théophile, Bonnaventure et
Brouillé. Je lui demande également de vérifier si la fille d’Adolphine est enceinte, et de qui.
Je reviens à Kéké qui commençait à faire la tête. Elle continue sur ses télénovélas. Son propos me parvient en toile de fond. Je suis en train de m’interroger sur le nom de l’assassin.

Réunion finale

Il est onze heures sept, je commence ma réunion.
- Mesdames et Messieurs, puisque tout le monde est présent, bonjour. Je vous remercie tout d’abord de vous être libérés pour assister à cette réunion. Je remercie tout particu-lièrement ceux et celles qui ne travaillent pas aujourd’hui et qui sont malgré tout ici. Je remercie également le commissaire Thibault Cartier, Officier de police judiciaire, actuellement responsable du commissariat central de Pointe-à-Pitre. Ses collaborateurs nous rejoindront tout à l’heure, après quelques perquisitions qu’ils opèrent actuellement.
Mais je lui laisse la parole.
- Bienvenue, Monsieur Naigre. Bonjour à tous. Comme vous le savez, il y a eu une mort au
sein du centre hospitalier. Mon père me disait toujours que la mort est une maladie que
l’on attrape à la naissance. Ah, Ah, Ah ! … Bref. ! … Ce n’est pas comique. Vous me direz qu’un mort de plus ou de moins à l’hôpital … Mais, vu que les circonstances du décès semblent problématiques, le procureur de la République a autorisé une autopsie qui confirme la mort suspecte. La victime n’avait plus de sang dans le corps. Avant de laisser la parole à Monsieur Naigre qui, présentement, fait office d’officier assermenté pour vous poser des questions, je vous informe que toutes vos réponses seront enregistrées et retenues contre vous, le cas échéant. Vous déposez sous serment. Vous devrez dire la vérité. Est-ce bien compris ? … Monsieur Naigre, vous avez la parole.
- Merci, Monsieur le commissaire. Ainsi donc, comme vous l’a rappelé Monsieur Cartier, il y a eu un mort dans cet hôpital. C’est le Dr Dommergue que vous connaissiez tous. Mais je vais préciser pour Madame Dunant qui je suis et pourquoi j’interviens. Je ne suis pas un de ses collègues et je n’ai jamais dîné avec vous…

- Je me disais bien ! s’exclame Madame Dunant.
- A force de vivre entouré de menteurs, j’ai fait moi aussi un petit mensonge. Mais on va y revenir. Donc, je suis journaliste et j’ai été victime d’un accident de la voie publique, sa-medi après-midi. Les sapeurs-pompiers m’ont amené aux urgences. Mon pronostic vital était engagé et mon état nécessitait une intervention. On m’a transféré au bloc et j’atten-dais sur la table d’opérations. Apparemment, il y avait quelque chose qui clochait.
Je sentais le personnel fébrile. En prêtant l’oreille, j’ai compris que le chirurgien, votre ex-mari, n’était pas là. On le cherchait partout. Finalement, peu avant que l’anesthésie fasse son effet, j’ai appris qu’on l’a retrouvé mort dans un placard. Ce qui fait que le Dr Râ m’a opéré. Très bien, d’ailleurs. Je vous remercie, Docteur.
- Je vous en prie. J’ai fait mon travail, se contente de dire l’interne en faisant un petit signe de tête.
- Oui, mais vous n’étiez pas de garde, et par chance, vous étiez dans l’hôpital. C’est bien d’être sur son lieu de travail en dehors de ses heures de service ! N’est-ce pas ? Mais on verra tout à l’heure que vous n’êtes pas le seul à y faire un tour, « comme ça ! » quand vous ne travaillez pas, sans qu’on vous voie, comme si l’on a quelque chose à cacher.
- Vous me regardez ! Vous dites ça pour moi ? s’insurge l’ASH.
- Tant mieux si la pierre est tombée dans votre jardin, Monsieur Brouillé ! Mais cela concerne également d’autres personnes. On en parlera plus tard. …
Si vous le voulez bien, je continue ma petite histoire. Donc, le Dr Râ, interne de son état, m’a très bien opéré. Mais je ne comprenais pas cette histoire de chirurgien retrouvé mort dans un placard. Le lendemain, une fois sorti dans les vaps, j’ai posé des questions et je sentais des réticences à me répondre. Pire, j’ai appris qu’il y a une directive pour interdire de parler de ce décès. C’est pour le moins curieux ! J’en tombais des nues. S’il y a une mort, elle doit être annoncée. Pourquoi taire la vérité ? Comme je l’ai dit, je suis un journaliste, et ma spécialité, ce sont les enquêtes d’investigation. Bien qu’alité, j’ai décidé de me renseigner. Et c’est là que j’ai découvert deux choses chez vous tous.

Vue sur le ciel bleu
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